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L'APRÈS MACRON: LE CAMEROUN NOUS
INTERPELLE
August, 2022
Comme des millions de Camerounais, j'ai suivi avec un intérêt
particulier la visite à Yaoundé du 25 au 26 juillet du
président de la République Française Emmanuel Macron. En
dépit des débats contradictoires, nourris parfois de
spéculations de toutes sortes sur l'agenda publique et celui
supposé caché de la visite tenus sur différentes
plateformes, et du folklore d'animation autour de l'arrivée de cet
invité de marque, je dirais que le reste, d'au moins ce qui s'est
joué sur la place publique, était à la fois
prévisible et attendu. Certes, la présence physique sur le sol
camerounais est un point auquel tenait tant le régime de Yaoundé,
mais en somme, Emmanuel Macron a pu tirer son épingle du jeu, pour lui et
pour sa patrie la France. De surcroît j'ai ressenti une intention
réelle et actée de se dérober du rôle de
bouc-émissaire permanent derrière lequel se cachent certains
autocrates Africains et leurs complices zélés pour se
dédouaner de la gestion calamiteuse de leurs propres pays et du bafouage
des droits et libertés fondamentales de leurs concitoyens.
Trois aspects de la visite ont retenu mon attention: la conférence de
presse conjointe, pénible à suivre, tellement les aspects
liés à l'état physique et d'alerte des intervenants,
étaient visiblement déséquilibrés en notre
défaveur; la rencontre avec la société civile avec des
passages de discours sur la pratique de la démocratie que les
démocrates camerounais eux même n'ont cessé de clamer depuis
des décennies; et la visite par la partie parlementaire de la
délégation Française à notre Assemblée
Nationale avec des leçons élémentaires sur le rôle
des élus et le fonctionnement des institutions démocratiques. De
grâce, 62 ans après l'indépendance, notre fierté, et
la dignité qui vient avec, exigent que nous levions nous même le
niveau de nos performances professionnelles individuelles ou collectives, pour
ne pas avoir à recevoir des leçons des autres. Encore qu'en
d'autres circonstances, certains des visiteurs passeront facilement pour nos
propres élèves, si ce n'était la couleur de notre peau et
l'histoire écrite des civilisations humaines. C'est de cela aussi qu'il
s'agit pour l'avenir de notre pays, le Cameroun.
Aujourd'hui, la quasi-unanimité se dégage sur le fait que le pays
va mal. Même ceux qui nous gouvernent auraient souhaité que le
conflit armé en zone Anglophone ainsi que les multiples autres crises
sécuritaires cessent, que le niveau de confiance des citoyens par rapport
aux institutions étatiques soit plus élevé, que
l'économie marche à merveille, que la justice soit plus rassurante
dans son indépendance et son équité, que les jeunes
puissent trouver des emplois et autres opportunités
socio-économiques, ou que les espaces de libertés et de
démocratie participative soient une réalité incontestable
chez nous. Hélas, en ce jour du 21 ème siècle, tous ces
idéaux me paraissent lointains au camerounais lambda, sinon à la
vaste majorité de nos compatriotes, pour le bien être de qui on
devrait tous œuvrer. Certains diront que l'état vit son train
normal, mais à cette allure, on finira en reculant pendant que les autres
pays s'empressent d'avancer. Que s'est-il passé avec l'Afrique en
miniature tant respectée, et tant adorée par le reste du
continent? L'impératif du jour serait de susciter un temps de m�re
réflexion pour dégager des nouvelles orientations à
même de sauver les meubles et de donner un souffle nouveau à un
peuple dont les qualités humaines et intellectuelles forcent encore
l'admiration. L'heure est donc pour une interpellation individuelle et
collective qui devrait dépasser de loin les petits calculs de
conservation et de conquête de pouvoir. Le Cameroun nous interpelle!
Ca fait cinq ans que les Camerounais s'entretuent dans le Nord Ouest et le Sud
Ouest, principalement parce que les politiques ont décidé de sous
traiter aux militaires, les responsabilités qui devraient être les
leurs: celles de gérer les griefs légitimes des populations
Anglophones, lasses d'être marginalisées et malmenées dans
une République forgée en 1961 par une réunification voulue
par la grande majorité parmi eux. Aujourd'hui on compte des morts en
milliers parmi les populations civiles et aussi les membres des forces de
défense et de sécurité, des centaines des villages
rasés, près d'un million de déplacés internes et de
réfugiés combinés, près de 800,000 enfants qui n'ont
pas eu accès à l'éducation et trois ou quatre millions de
personnes exposées au risque de la famine tant que le conflit perdure.
Pendant cinq ans, j'ai toujours insisté sur la recherche des solutions
politiques par le dialogue et les négociations, et je me souviendrais
toujours des voix aussi crédibles tel l'ancien ministre Abouem A
Tchoyi (par ailleurs la seule personnalité à avoir
exercé les fonctions de gouverneur dans les deux régions
Anglophones, et plus tard au plus haut niveau politique et administratif du
pays) ainsi que les Protais Ayangma, Dieudonné Essomba, Maitre
Joseph Lavoisier Tsapi, Emmanuel Koungne, et autres. Ceux-là
avaient vu juste, même si leur bon sens a été vite
étouffé par les va-t-en guerre qui pensaient qu'une guerre
fratricide aura un gagnant, et cela en quelques semaines. Aujourd'hui, force est
de constater qu'une approche militaire ne nous mènera pas à bon
port, car pour la réussir, il faudra tuer davantage; or, avec chaque mort
sur le champ de bataille ou dans un village de la zone, se creuse davantage le
fossé entre ces peuples et le régime qui prétend vouloir
sauvegarder leur bien être et leur avenir. Pendant le bref séjour
de Macron à Yaoundé, la question a été encore
évoquée, et à juste titre, sur le rôle de la France
dans les massacres qui ont eu lieu au Cameroun il y a de cela plus de 60 ans,
donc avant l'indépendance, en pays Bassa, et plus tard en pays
Bamiléké jusqu'au 1971. Pensons nous, sincèrement, que les
populations Anglophones et tous ceux qui ont perdu les leurs dans cette guerre
inutile, oublierons de sitôt les blessures et les cœurs
brisés de ces cinq dernières années? Aux politiques de
prendre le courage de s'asseoir pour négocier la fin de cette guerre, ce
qui mettra fin à la psychose qui règne et qui de façon
sournoise contribue à la multiplicité des actes de violence
même en zone de non conflit. Oui, aujourd'hui, les camerounais constatent
que la violence se normalise et s'accepte comme mode de fonctionnement de la
société. Elle se voit partout, et même dans les
écoles et les foyers.
Traiter la crise Anglophone sous son aspect politique permettra à nos
forces de défense et de sécurité et au pays en
général de se focaliser sur les véritables sources de
menaces sécuritaires plus ardentes, parce que menées par des
étrangers avec une force de frappe plus meurtrière. C'est contre
intuitif de voir le redéploiement vers le Nord Ouest et le Sud Ouest du
matériel et du personnel, y compris des officiers supérieurs,
formés pour lutter contre Boko Haram dans l'Extrême Nord. Et
pourtant, cela devrait être un secret pour personne, que l'existence de
Boko Haram freine les initiatives de développement dans le Grand Nord et
toute opportunité d'épanouissement pour la jeunesse de la zone
dont les chiffres démographiques vont grandissants. Mon dernier
séjour dans le Grand Nord date de 2015, et on me rappelle chaque jour
avec insistance que les conditions de vie se sont
détériorées encore davantage; les frustrations et les
tensions sociales aussi.
Certains peuvent se dire qu'en dehors du Grand Nord et de la zone Anglophone avec
cinq régions au total, le bonheur se trouverait dans les cinq
régions restantes. Mais non, car l'Ouest et le Littoral subissent le
poids démesuré des déplacés internes de la guerre et
le marasme socio-économique qui vient avec, tandis que l'Est est
exposé aux fracas de la République Centrafricaine avec ses
mélanges toxiques des groupes armés locaux et Russes. Comment ne
pas se rappeler que sur ces terres Centrafricaines, les militaires camerounais
ont perdu certains des leurs, y inclus le Général de Division
Martin Tumenta de regrettée mémoire. Au Sud, nous entendons de
temps à autre les cris de colère et de revendication contre 'ces
élites qui ont trahi.' Bien s�r qu'à Yaoundé dans le
Centre, on fait semblant de respirer le bel air, mais c'est une semblance
mélangée d'incertitude par rapport aux lendemains
imprévisibles. Paradoxalement, pour ce cas précis, le seul
constant c'est la saison pluvieuse comme en ce mois d'ao�t pendant lequel les
aléas d'une infrastructure urbaine très vétuste nous
rappellent que la capitale, a l'instar du pays tout entier est à refaire,
et cela de tout point de vue. Ressusciter un Cameroun à même de
donner de l'espoir à sa jeunesse et à tous ses fils et filles ne
sera pas tâche facile. Cela demandera une refondation des structures
existantes mais démodées; cela demandera la refonte du contrat
social liant les populations à ceux qui reçoivent mandat pour les
représenter à durée déterminée; cela
demandera de la vision et un état d'esprit nouveau et plus humain. Ah
oui, l'interpellation en faveur des générations futures est
réelle et existentielle!
panafricanvisions.com
Dr. Christopher Fomunyoh
Président, The Fomunyoh Foundation
christopher.fomunyoh@tffcam.org
www.tffcam.org
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