Christopher Fomunyoh : � Amadou Ahidjo m�rite mieux que �a ! �
January 12, 2015

Cameroonvoice : Christopher Fomunyoh bonsoir nous sommes tr�s heureux de parler avec vous ici � Turin. Qu�est ce qui vous am�ne en Italie ? Il n�a pas de probl�me de d�mocratie ici !

Christopher Fomunyoh : je suis ici dans le cadre d�un colloque organis� par l�Institut des Affaires Internationales, une structure bas�e ici en Italie et qui voudrait, en partenariat avec le NDI (National Democratic Institut) et l�Institut des Etudes Europ�ennes bas�e � Bruxelles, travailler dans le cadre du soutien � la stabilit� et au d�veloppement du continent africain. Justement ce colloque va porter sur la stabilit� et le d�veloppement de l�Afrique, avec une �tude des cas pratiques, en rapport avec ce qui se passe dans un certain nombre de pays. Le colloque va regrouper des experts d�Afrique, d�Europe et des autres continents dans le but de r�fl�chir sur les derniers d�veloppements en Afrique.

Cameroonvoice : le fond de l�action du NDI est d�encourager la bonne gouvernance et de favoriser l�alternance � la t�te des Etats. N��tes,-vous pas mal � l�aise, vous en temps que camerounais, de parler d�alternance politique aux autres alors que Paul Biya est au pouvoir depuis 32 ans ?

Christopher Fomunyoh : effectivement, je trouve cela g�nant chaque fois que la question m�est pos�e dans d�autres pays africains. La question revient toujours de savoir ce qui se passe au Cameroun. J�essaye d�expliquer mais j�avoue que c�est g�nant, parce que le Cameroun n�occupe pas la place qu�il devait occuper. J�aurais souhait� en temps que camerounais que mon pays soit dans le continent, le pays phare en ce qui concerne la d�mocratie et de la bonne gouvernance. Mais comme ce n�est pas le cas, je suis parfois oblig� de trouver des excuses qui ne tiennent pas. Je pense que tous les camerounais devraient �uvrer pour donner � notre pays la place qui lui revient.

Cameroonvoice : revenons sur l�actualit� africaine avec le XV�me sommet de la francophonie de Dakar qui vient de se choisir un nouveau chef, en la personne de la canadienne d�origine Ha�tienne Micha�lle Jean. Qu�est ce que la francophonie apporte � l�Afrique francophone ?

Christopher Fomunyoh : je pense que l�un des avantages de la francophonie c�est cette solidarit� de langue et de culture, qui font que les pays n��voluent pas isol�s. Il y a des avantages lorsqu�on �volue ensemble et lorsqu�on partage certaines valeurs. La Francophone a toujours son utilit�. Je crois aussi que la Francophonie devrait s�adapter � l��volution du monde qui est tr�s rapide. Une entreprise comme celle-l� qui se base uniquement sur la solidarit� culturelle sans tenir compte des besoins r�els de la nouvelle g�n�ration d�africains risque ne pas �tre en phase avec le monde d�aujourd�hui. Je me r�jouis du fait qu�en 2005 et 2006, la Francophonie avait adopt� la d�claration de Bamako qui pr�nait la bonne gouvernance et des �lections cr�dibles dans le monde francophone. Cette d�claration n�a malheureusement pas �t� suivie par des prises de position nettes et claires, ce qui fait que la plupart des pays en difficult� aujourd�hui sur le continent africain sont des pays francophones. Je vois �merger de la conf�rence de Dakar une d�termination � se mettre � jour et un d�sir d�appuyer les jeunes g�n�rations d�africains qui aspirent � �tre gouvern�s autrement.

Si la Francophone se met dans cette optique, je pense qu�elle retrouvera la place qui est la sienne dans le d�veloppement des grands ensembles. C�est de cette fa�on seulement que la Francophonie retrouvera toute son utilit� et tout son bon sens aupr�s des jeunes africains.

Cameroonvoice : Il y a quelques semaines seulement, la rue au Burkina a eu raison de l�ancien pr�sident Blaise Compaor� qui �tait rest� au pouvoir pendant 27 ans. D�abord quelle est votre appr�ciation sur les �v�nements qui se sont pr�cipit�s � Ouagadougou et puis quel est votre avis sur le fait pour les dirigeants en exercice de modifier les constitutions pour s��terniser au pouvoir ? un d�bat qui a cours en ce moment en Afrique.

Christopher Fomunyoh : j�ai un avis tr�s favorable sur ce qui a �t� fait par le peuple bourkinab�. Le Bourkina Faso c�est � le pays des hommes int�gres � et le peuple bourkinab� a une fois de plus d�montr� son attachement � l�histoire . Voir plus d�un million de personnes descendre dans la rue sous une temp�rature de plus 40 degr�s au Sahel pour s�opposer � la modification de la constitution est un message tr�s fort, qui a malheureusement �chapp� � Blaise Compaor�. Etait-ce � cause de l�usure du pouvoir ? il aurait d� saisir le message plus t�t qu�il serait encore au pouvoir aujourd�hui. Les manifestants au d�but demandaient juste qu�il ne puisse plus se pr�senter � la pr�sidentielle dans un an � la fin de son mandat. Il a mal jou�, il a perdu et je pense que cela devrait servie de le�on � certain leader politiques africains qui cherchent co�te que co�te � se maintenir au pouvoir. Il faut savoir que la jeune g�n�ration d�africains aspire � �tre gouvern�e autrement. Les gens aspirent � ce que les constitutions soient respect�es, qu�il y ait alternance et qu�il y ait un renouvellement de la classe dirigeante. C�est � travers ce renouvellement qu�on pourra valoriser la diversit� des talents qui existent dans le continent. Il faut capitaliser les comp�tences des autres citoyens qui ont quelque chose � apporter � la gouvernance de leur pays. Je crois que le message qui vient du Bourkina est un message tr�s fort. Je regrette seulement que l�Afrique, apr�s tout ce qu�elle a connu durant les deux derni�res d�cennies soit encore au stade o� tel ou tel chef d�Etat ne veut pas quitter le pouvoir, ou tel ou tel chef d�Etat fait tout pour ne pas respecter la constitution de son propre pays. Cela me fait mal parce que les leader de ces pays veulent pousser leur peuple � un �ternel recommencement. Il faut tous les dix ans revenir sur leur mandat et mettre sur pied de nouvelles institutions. On ne peut pas se d�velopper avec cette approche et je pense que le message du Burkinava fera r�fl�chir par deux fois ceux qui voudraient se maintenir au pouvoir.

Cameroonvoice : on prend souvent l�exemple des pays comme la Libye du feu colonel Kadhafi et la Guin�e Equatoriale d�Obiang Nguema o� les dirigeants, malgr� leur long�vit� au pouvoir travaillent pour l�int�r�t de leur pays.

La long�vit� au pouvoir est-elle forc�ment incompatible avec le d�veloppement �conomique politique et social d�un pays ?

Christopher Fomunyoh : oui je le crois. Vous savez, ce d�bat n�est pas fait pour critiquer la gestion d�un homme. M�me dans le cas de Blaise Compaor� , on reconnait malgr� ses faiblesses qu�il a contribu� de fa�on significative � la r�solution des conflits dans la sous-r�gion d�Afrique de l�Ouest. Il aurait d� capitaliser cet acquis pour l�guer � la post�rit�. S�il avait par exemple pris l�initiative de cr�er un centre sous-r�gional de m�diation qui serait rattach� � l�universit� de Ouagadougou, et qui serait un lieu de recherche pour les universitaires africains en qu�te des secrets de la m�thode Compaor� dans la r�solution des conflits, il aurait laiss� quelque chose de substantiel � la post�rit�. Le monde entier l�aurait alors pris comme un vrai homme d�Etat qui aurait marque son passage � la t�te de son pays. Il a dur� et il a voulu trop durer. On peut bien travailler pendant qu�on est au pouvoir, mais il faut mettre sur pied des m�canismes pour faciliter l�alternance au pouvoir afin de capitaliser ce qui a �t� fait. On ne peut pas dans le monde d�aujourd�hui personnaliser la gestion du pouvoir politique parce que le jour o� le pouvoir �chappe � cet individu, c�est tout le pays qui se retrouvera dans une situation difficile.

Cameroonvoice : ceux qui modifient la constitution vont vous r�torquer que c�est le peuple souverain qui devrait d�cider du nombre de mandats et qu�il peut d�cider que ceux-ci soient ind�termin�s. Quelle est votre position par rapport � cet argument ?

Christopher Fomunyoh : pour moi c�est un argument qui ne tient pas compte tr�s souvent de la vrai expression de la volont� du peuple. J�ai vu dans les ann�es 90 plus d�un chef d�Etat qui disait �je suis l� par la volont� du peuple �.

Lorsqu�on les a convaincu d�organiser des �lections cr�dibles et transparentes, il les ont perdues. �a veut dire que quand on donne aux africains la possibilit� de s�exprimer, la majorit� choisit le changement et le renouvellement de la classe politique.

Deuxi�mement, j�aimerais dire que lorsqu�on parle de renouvellement, �a ne veut pas dire que le parti au pouvoir perd automatiquement le pouvoir au profit de l�opposition. On peut renouveler la classe dirigeante tout en gardant la majorit� du parti dont la plate forme a �t� accept�e par les populations. Le probl�me est la personnalisation du pouvoir politique. Dans les pays o� les chefs d�Etats pensent ainsi, il y a des militants � l�int�rieur de leur parti qui ont une vision diff�rente et qui peuvent mieux g�rer les affaires pour l�avenir. Il y a pourtant dans l�histoire contemporaine de l�Afrique des exemples de chefs d�Etats qui ont c�d� le pouvoir et qui apr�s, sont devenus utiles pour leur pays et pour l�Afrique. On peut citer dans cette optique Senghor (S�n�gal), Nyerere (Tanzanie) et plus r�cemment Mandela. Mandela apr�s un mandat a d�cid� de c�der le pouvoir et apr�s, l�Afrique du sud � continu� � consolider les acquis de sa lutte pour la d�mocratie et la bonne gouvernance. Il y a des pr�sidents qui ont perdu les �lections comme Abdou Diouf du S�n�gal ou Jerry Rawlings du Ghana qui ont perdu les �lections et qui ont accept� le verdict des urnes. Ils en sont sortis renforc�s et ils ont gagn� en respectabilit�. Ceux qui refusent de quitter le pouvoir devraient s�en inspirer.

Cameroonvoice : l�alternance � la t�te des Etats dont vous parlez concerne-t-elle l�alternance � la t�te des partis politiques ? ou alors l�alternance � la t�te des partis politiques d�opposition peut-elle impulser une dynamique d�alternance � la t�te des Etas ?

Christopher Fomunyoh : il va de soit et c�est ce qui rend le dialogue difficile entre le pouvoir et l�opposition au Cameroun. Lorsque vous parlez de l�alternance � la t�te de l�Etat, on vous renvoie � la long�vit� des chefs des partis de l�opposition. Cela explique � mon avis pourquoi une frange importante e notre population au Cameroun est d�connect�e de la politique. Il y a une certaine apathie. Les gens ne s�identifient ni au r�gime en place qui a mis tant d�ann�es au pouvoir, ni avec l�opposition qui, tout en critiquant le parti au pouvoir, agit presque de la m�me mani�re. Les gens ne voient pas la diff�rence entre les deux bords et c�est quelque chose que nous devrons corriger pour l�avenir.

Cameroonvoice : vous �tes le directeur Afrique du NDI, quelles sont les actions concr�tes men�es par votre organisation pour favoriser le processus d�mocratique en Afrique et pour encourager l�alternance � la t�te des Etats.

Christopher Fomunyoh : notre travail varie selon les pays et selon les demandes que nous recevons des diff�rents acteurs politiques ou ceux de la soci�t� civile. Il faut savoir que notre travail est un travail d�accompagnement. Nous accompagnons ceux qui sont d�j� sur le terrain et qui se battent au quotidien pour la d�mocratie et la bonne gouvernance. Notre travail consiste en une assistance technique qui va dans le sens de la formation, du renforcement des capacit�s, des �changes des meilleures pratiques. Au Bourkina Faso par exemple, ils sont en train de mettre sur pied une transition avec de nouveaux acteurs. Ceux-l� auront besoin de conseils pour mener cette transition � la mesure des attentes des burkinab�s. Dans les �changes avec eux, on pourra mettre � leur disposition beaucoup d�informations sur la fa�on dont d�autres pays ont g�r� ce genre de transition et les dispositions � prendre pour que les �lections de 2015 soient des �lections cr�dibles. Dans un pays comme le Nigeria par exemple, nous sommes en train de travailler avec une coalition de plus de 400 organisations de la soci�t� civile pour que les �lections de 2015 soient cr�dibles et transparentes et accept�es par tous. Ce travail va consister en une formation dans l�observation des �lections et la mise en place d�une m�thodologie qui permettra une transmission en temps r�el des r�sultats des �lections, de fa�on � contr�ler le travail de la Commission Electorale Ind�pendante.

Dans d�autres pays comme le Niger, nous sommes en train de former les d�put�s de l�Assembl�e Nationale afin de les permettre de mieux g�rer les richesses issues de l�exploitation des nombreuses ressources du sous sol. Nous les formons dans le domaine du contr�le parlementaire sur les actions du pouvoir ex�cutif dans le sens du renforcement des institutions d�mocratiques.

Notre assistance technique d�pend donc des besoins r�els de chaque pays en partenariat avec les acteurs sociaux et politiques de la place.

Cameroonvoice : selon vous, les mouvements islamistes comme Boko Haram, Aqmi et d�autres composantes de la n�buleuse djihadiste n�entravent-ils pas l�expression de la d�mocratie dans des pays comme le Nigeria, le Cameroun ou le Mali ?

Christopher Fomunyoh : le djihadisme est une menace r�elle pour les d�mocraties naissantes de notre continent. Nous avons vu ce qui s�est pass� au Mali en 2012 lorsque les djihadistes ont fragilis� le pouvoir politique � Bamako, en s�attaquant au Nord du pays, provoquant la chute d�un gouvernement qui avait �t� d�mocratiquement �lu. Aujourd�hui, Boko Haram est en train de semer la terreur au Nigeria. C�est un frein non seulement pour le Nigeria, mais aussi pour toute la sous-r�gion de l�Afrique de l�Ouest qui par le pass� comptait sur le Nigeria pour la r�solution des conflits arm�s. Le Nigeria est aujourd�hui tr�s fragilis�. J�ai des inqui�tudes parce que le Nig�ria va dans quelque mois aller aux �lections dans un contexte o� trois Etats dans le Nord-est du pays sont sous l�influence de Boko Haram, o� des bombes explosent dans des grandes villes comme Kano et des pays limitrophes comme le n�tre subissent des contrecoups de cette insurrection. Ce serait grave que ces mouvements perdurent parce qu�ils pourraient � termes se coaliser avec d�autres mouvements djihadistes � l��chelle plan�taire, ce qui serait une source d�instabilit� pour l�Afrique et pour d�autres continents.

Cameroonvoice : On sait que le NDI est tr�s proche du parti d�mocrate de Barack Obama, qui vient de perdre les �lections de mi-mandat aux Etats-Unis. Aujourd�hui, le s�nat et la chambre des repr�sentants sont aux mains des r�publicains.

Quel est votre sentiment apr�s ce score du parti d�mocrate qui �tait du reste attendu ?

Christopher Fomunyoh : C��tait un coup de massue pour le pr�sident Barack Obama et pour les d�mocrates. Je pense que les deux prochaines ann�es lui seront politiquement difficiles. Quand m�me il avait la majorit� au s�nat, il avait d�j� la difficult� de faire passer des projets de loi parce qu�ils devaient passer par le s�nat � dominance r�publicaine m�me apr�s l�approbation de la chambre des repr�sentants. Ce n�est pas exclu que les r�publicains, forts du contr�le des deux chambres se voient d�j� � la Maison Blanche et qu�ils d�cident de rendre la vie dure au pr�sident tant en politique int�rieure (politique en mati�re de sant�) qu�en politique ext�rieure (politique au Moyen-Orient et en Afrique). Parlant de la politique africaine de Barack Obama, il faut dire qu�elle est d�cevante aux yeux des jeunes africains qui attendaient plus du premier pr�sident d�origine africaine de la premi�re puissance du monde, les Etats �Unis d�Am�rique.

Cameroonvoice : Est-il tr�s t�t pour parler du bilan de la politique africaine justement de Barack Obama ? Le premier sommet r�unissant les chefs d�Etat d�Afrique et des Etats-Unis vient de se tenir � Washington, Quel est le bilan de la politique africaine de Brack Obama ?

Christopher Fomunyoh : On peut le faire. A ce sujet lui-m�me vous dira que le bilan est mitig�. Parce que son �lection comme je le disais plus haut �tait un message tr�s fort qui avait suscit� beaucoup d�attentes. Il a aussi pos� beaucoup d�actes comme le sommet US-Africa qui est le premier du genre entre les Etats-Unis et l�Afrique. S�il venait � perdurer, ce sommet pourrait permettre une coop�ration beaucoup plus fructueuse entre notre continent et les Etats-Unis. Il a pos� d�autres actes comme � Power Africa �, il a continu� � soutenir la politique sanitaire qui avait �t� mise en place par Bush pour lutter contre le VIH SIDA et les autres maladies. Bref dans certains domaines, il a pos� des actes qui comptent. En m�me temps, je croix que lui-m�me vous dira qu�il aurait bien voulu faire davantage. Quand on compare ce qu�il a fait en 6 ans par rapport � ce que ces pr�d�cesseurs avaient fait, on remarque que les r�alisations de ses pr�d�cesseurs sont plus nombreuses.

Cameroonvoice : vous �tes vous-m�mes l�initiateur de l�ASI ( African statesmen initiative). Vous proposiez � travers cette initiative un recyclage de ?s chefs d�Etats dans les activit�s humanitaires apr�s leur carri�re � la t�te des Etats. Qu�est devenu l�ASI ?

Christopher Fomunyoh : l�initiative est n�e d�un constat que j�avais fait au d�but des ann�es 2000. J��voquais toujours dans mes entretiens avec certains chefs d�Etat la question de l�alternance au pouvoir. Et la question qu�ils me retournaient toujours �tait celle de savoir la vie qu�un ancien chef d�Etat pouvait mener sur le continent. Il fallait donner une r�ponse concr�te � cette question. Nous avions donc r�ussi a r�unir en 2005 � Bamako 17 anciens chefs d�Etats pour r�fl�chir sur la probl�matique de la vie apr�s la pr�sidence de la R�publique. Nous avons r�fl�chi avec ces anciens pr�sidents pourquoi certains dirigeants facilitent l�alternance au pouvoir et d�autres pas et comment ceux qui ont une certaine respectabilit�, qui ont bien g�r� leur pays, peuvent continuer � apporter une contribution dans la r�solution des conflits en Afrique. L�une des conclusions de cet � Africa Statesmen Initiative � �tait qu�il y a beaucoup de domaines dans lesquels les anciens chefs d�Etat, profitant de leur cr�dibilit� pouvaient servir de m�diateur dans la r�solution des conflits arm�s ou des conflits int�rieurs. Ils peuvent intervenir sur des questions sanitaires et sur pas mal d�autres domaines. Apr�s ce sommet, on a vu beaucoup d�anciens chefs d�Etas se faire nommer comme envoy�s sp�ciaux pour le r�glement de diff�rents conflits. On a vu Thabo Mbeki (Afrique du Sud) ou Abdou Salami Aboubacar (Nigeria) �tre d�sign�s pour le Soudan, on a vu Obassandjo �tre d�sign� pour la R�publique D�mocratique du Congo, Jerry Rawlings aller en Somalie, on a vu Chissano jouer un r�le de m�diateur. Subitement, on a vu ces anciens chefs d�Etat qui ne faisaient plus rien, jouer un r�le. Le message est pass� aux autres, qu�il y a une vie apr�s la pr�sidence et qu�on peut toujours se rendre plus utile � son pays ou au continent � une �chelle plus large.

Je pense que la rencontre de Bamako a �t� un d�clic parce que les anciens chefs d�Etat africains ont constitu� un comit� copr�sid� par Joaquim Chissano (Mozambique) et Nic�phore Soglo (B�nin). Ce comit� avait pour but d�encourager les anciens chefs d�Etats � continuer � �tre actifs dans le domaine de l�humanitaire. Comme les anciens chefs d�Etats se sont appropri� l�initiative, le NDI s�est mis en retrait en disant � lorsqu�ils auront besoin de nous, nous irons les accompagner �.

Cameroonvoice : il y a 25 ans, Amadou Ahidjo le premier pr�sident Camerounais mourrait � Dakar dans l�indiff�rence g�n�ralis�e. Aujourd�hui encore , ses restes ne sont toujours pas rapatri�s.

Qu�est-ce que cela vous fait en temps que camerounais de savoir que le gouvernement et la famille Ahidjo et notamment sa veuve, se rejettent toujours la responsabilit� du retour au bercail des restes de l�anciens pr�sident ?

Le retour des restes de l�ancien pr�sident de l�ancien pr�sident est-il une affaire d�Etat ?

Christopher Fomunyoh : je suis tr�s pein� par le sort qui est r�serv� � l�ancien pr�sident qui plus est, est le premier pr�sident de notre pays. Je suis all� visiter sa tombe de passage � Dakar il y a quelques ann�es. C��tait pour lui rendre hommage comme c�est requis dans nos traditions. J�estime que pour quelqu�un qui a g�r� le Cameroun pendant plus de deux d�cennies, qui a contribu� � forger l�histoire de notre pays, pour quelqu�un qui a pos� des actes qui ont touch� des millions de camerounais pendant qu�il �tait au pouvoir, Amadou Ahidjo m�rite mieux que �a . je ne pense pas que ce soit une affaire de famille. C�est une affaire qui concerne notre pays et c�est une affaire qui devrait �tre g�r�e comme une affaire d�Etat. Nous devons apprendre en temps que camerounais � nous r�concilier les uns avec les autres. Il ne faudrait pas que nous restions dans une logique de r�glement de comptes de comptes, qui affecte m�me les personnalit�s au sommet de l�Etat. N�oublions pas que la plupart de ceux qui ont lutt� pour notre ind�pendance ont �t� enterr�s dans l�anonymat ou sont morts � l�ext�rieur, sans que leurs corps aient �t� rapatri�s . il va falloir que nous r�fl�chissions sur les moyens de remettre la r�conciliation au c�ur de l�action politique au Cameroun, pour le meilleur de l�avenir de notre pays. Je pense que le rapatriement des restes d�Amadou Ahidjo sera un bon d�but dans le sens de la r�conciliation, qui nous permettra de vivre comme les fils et les filles d�un m�me pays.

Cameroonvoice : Christopher Fomunoh, on vous a pr�t� en 2011 l�intention de vouloir vous pr�senter contre Paul Biya � la pr�sidentielle.

Caressez-vous la m�me intention pour 2018 ? Qu�est ce qui vous fait croire si votre intention �tait confirm�e que vous pouvez valablement briguer ce poste ?

Christopher Fomunyoh : je crois que je cumule une certaine expertise et une certaine exp�rience qui me permettrait d�apporter une contribution au d�veloppement politique, �conomique et sociale de mon pays . je suis pr�t � apporter cette contribution � quelque niveau que ce soit. Pour moi etre pr�sident de la R�publique n�est pas une fin en soit. Je peux porter ma contribution comme simple citoyen et j�estime qu�elle pourra compter comme celle de tout le monde. je me mets donc � disposition sans tenir compte de la position. Je pense que dans la vie d�un pays quatre ans c�est long, beaucoup de choses peuvent se passer.

J�encourage des gens � avoir des ambitions pour le pays et c�est seulement de cette fa�on que nous pourrons relever notre pays. Je remercie ceux qui croient en moi et ceux qui continuent � m�encourager, ceux qui continuent � penser que je pourrai apporter une contribution. Je les remercie d�autant plus que le moment venu, nous le ferons ensemble, sans que je ne sois forc�ment le b�n�ficiaire principal d�un scrutin pr�sidentiel ou autre.

Cameroonvoice : Plus clairement seriez-vous candidat en 2018 ?

Christopher Fomunyoh : je crois que c�est tr�s hypoth�tique. Ce serait mieux d�attendre 2018 pour voir l��tat de notre pays, pour voir le contexte politique d�alors et seulement nous pourrions en reparler.

Cameroonvoice : ce n�est pas exclu quand m�me

Christopher Fomunyoh : je pense que tous les camerounais qui ont une contribution � apporter � notre pays doivent le faire. En temps que pays qui aspire � la d�mocratie, je pense que des espaces seront cr�es pour que tous ceux qui ont des contributions � apporter puissent le faire en toute libert�.

Cameroonvoice : vous qui supervisez tant d��lections en Afrique, pensez-vous qu�ELECAM soit suffisamment libre pour organiser des �lections cr�dibles et transparentes au Cameroun?

Christopher Fomunyoh : j�ai eu � critiquer ELECAM depuis sa mise en place. Je pense que mes critiques sont connues. Aujourd�hui, m�me le pr�sident du conseil d�administration d�ELECAM a port� des critiques tr�s dures contre la direction g�n�rale, �a veut dire qu�il y a encore du chemin � faire pour que cette structure puisse b�n�ficier de la confiance de la vaste majorit� des camerounais.

Propos recueillis par Jolibeau Koube