Christopher Fomunyoh "Les Africains aspirent � une gouvernance moderne"
Jeune Afrique no 2792 of July 20 - 26, 2014

Directeur Afrique du National Democratic Institute, bas� � Washington, le juriste et politologue camerounais d�crypte la vision de l'Afrique selon Obama.

� 57 ans, Christopher Fomunyoh partage son temps entre Washington et les capitales africaines. En 1992, le politologue camerounais a rejoint le National Democratic Institute (NDI), dont il dirige d�sormais le d�partement Afrique. Ce think tank d�mocrate est l�un des organisateurs du Forum de la soci�t� civile africaine, qui se tiendra le 4 ao�t en marge du sommet des chefs d��tat, � Washington.

jeune Afrique : Le regard des �tats-Unis sur l'Afrique a-t-il chang� ?

Christopher Fomunyoh: Il y a une continuit� dans l'approche, et les centres d'int�r�t demeurent les m�mes. La diff�rence majeure r�side dans la mise en oeuvre des programmes d�assistance et dans les montants allou�s. La marge de manoeuvre des administrations qui se sont succ�d� d�pend du contexte, de la disponibilit� des ressources financi�res et de la politique int�rieure. Par exemple, Bill Clinton affichait son amour pour l'Afrique. Son successeur, George W. Bush, s'est r�v�l� bien plus g�n�reux avec le continent, m�me si les aides se sont surtout concentr�es sur des secteurs pr�cis, notamment la sant� et l a s� c u - rit�. Barack Obama, lui, ne se contente pas de clamer son amour pour l'Afrique. Il a une vision tr�s rationnelle de ce qui peut �tre accompli, m�me si le manque de ressources financi�res entrave la mise en oeuvre de sa politique africaine.

Une rencontre est pr�vue le 4 ao�t au Congr�s avec des personnalit�s de la soci�t� civile comme Wole Soyinka et Desmond Tutu...

Cela t�moigne de la multiplicit� des centres d'int�r�t qu'ont les �tats-Unis sur le continent et qui concernent le Congr�s mais aussi les ONG, les associations professionnelles, les entreprises, les universit�s et les think tanks.

L'un des th�mes du sommet est "la gouvernance pour l'avenir". On parlera d�mocratie, transparence des scrutins... Sur quels leviers Barack Obama peut-il agir pour faciliter l'alternance ?

Selon un vieil adage africain, on peut amener un cheval jusqu'� l'eau, mais on ne peut pas l�obliger � boire. Quelques pays ont exp�riment� l'alternance ou ont connu une relative stabilit� gr�ce � la limitation des mandats. Il est donc normal que l'inqui�tude s'installe devant sa possible abrogation dans certains pays.

La r�solution d�finitive de ces diff�rends revient aux seuls Africains. Nous sommes au XXIe si�cle, et ces derniers aspirent eux aussi � une gouvernance moderne de leurs �tats. Ils sont conscients que les tripatouillages r�currents des Constitutions fragilisent la paix, la stabilit�, la croissance �conomique et les institutions... On peut difficilement accepter que des chefs d��tat d�j� au pouvoir alors que Barak Obama �tait � l'�cole primaire ou au secondaire en soient toujours � manipuler populations et Constitutions pour ne pas c�der leur place. Le pr�sident am�ricain, lui, pense d�j� � son d�part, au terme de ses deux mandats, comme le pr�voit la Constitution am�ricaine.

Les �tats-Unis peuvent-ils vraiment jouer un r�le dans le renouvellement des �lites ?

Il revient aux Africains de le faire. Le pr�sident Obama en est conscient. Il a mis sur pied le programme Yali [Young African Leaders Initiative, lire p. 64], appel� � devenir le principal canal des �tats-Unis pour d�velopper le leadership chez les jeunes Africains, leur inculquer certaines valeurs et donner des rep�res � ceux qui souhaitent s'engager de mani�re citoyenne dans la politique, l��conomie ou la soci�t� civile.

Que peut-on attendre du sommet?

Les populations africaines esp�rent des d�bats ouverts sur les trois th�mes retenus : le commerce et l'investissement, la paix et la s�curit�, la gouvernance. Un grand pas serait franchi si les dirigeants africains, r�unis autour d'Obama, prenaient enfin conscience que le r�glement de ces probl�matiques d�pend avant tout de l'instauration de la d�mocratie. Cela rassurerait les millions d'Africains qui aspirent � un avenir meilleur. Et ce serait un r�el encouragement pour ceux de nos leaders qui sont de vrais d�mocrates et oeuvrent d�j� dans ce sens. Une telle prise de conscience serait aussi profitable � Barack Obama : elle d�montrerait � l�opinion am�ricaine et internationale qu'il a une vision et des projets pour l'Afrique.

Propos recueillis par
Clarisse JUOMPAN-YAKAM