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Christopher Fomunyoh "L'opposition doit faire son
autocritique"
Le 6 Septembre, 2013
Le politologue camerounais, directeur r�gional du National Democratic
Institute, explique pourquoi aucun parti ne parvient � s'imposer face au
RDPC au pouvoir.
Christopher Fomunyoh supervise des programmes de soutien � la
d�mocratie. © Vincent Fournier pour J.A.
Fils de planteurs de la r�gion du Nord-Ouest, Christopher Fomunyoh a quitt�
Yaound� en 1988 pour entrer � Harvard. En 1992, il rejoint le National
Democratic Institute, � Washington, think-tank d�mocrate dont il est d�sormais
le directeur pour l'Afrique de l'Ouest et l'Afrique centrale. � 57 ans, il
partage son temps entre les �tats-Unis et les capitales africaines, o� il
supervise des programmes de soutien � la d�mocratie.
Jeune Afrique : L'opposition est-elle aussi inconsistante qu'on le dit
?
Christopher Fomunyoh: Elle se distingue surtout par son
�miettement. Le Cameroun compte plus de 250 partis pour plus de 20 millions
d'habitants. Par ailleurs, comme dans beaucoup de pays o� la transition
d�mocratique est difficile, elle �volue dans un environnement qui ne favorise
pas son �panouissement. La fusion de facto entre le parti majoritaire et l'�tat
complique la perc�e des mouvements d'opposition, qui n'ont pas acc�s � des
ressources humaines et mat�rielles aussi importantes.
Comment en est-on arriv� l�?
Les conditions du retour au multipartisme ont jou� un r�le cl�. Dans les ann�es
1990, de nombreuses formations ont �t� cr��es en vue d'une conf�rence nationale.
H�las, le r�gime Biya n'a pas choisi cette formule. Mais les partis sont rest�s.
Certains se sont morcel�s, d'autres ont vu le jour - parfois avec la complicit�
du pouvoir, ravi de fragiliser un peu plus l'opposition.
Aucune classe dirigeante n'a jamais admis la n�cessit� de
contre-pouvoirs...
C'est exact, la culture du multipartisme, la conqu�te d'espaces de libert� et
l'acceptation de l'alternance ne sont jamais parvenues � s'imposer. Dans les
ann�es 1950 d�j�, l'Union des populations du Cameroun a connu bien des d�boires
en tentant d'incarner une opposition v�ritable. Au lendemain de l'ind�pendance,
entre 1961 et 1966, les leaders politiques ont subi des pressions pour que
toutes les formations se fondent dans le parti unique, l'Union nationale
camerounaise. Et comment oublier les violences et les militants tu�s lors de la
cr�ation du Social Democratic Front, en 1990 ? Que l'opposition �prouve des
difficult�s ne surprend pas : le pays est g�r� par des personnalit�s qui ont
fait toute leur carri�re sous le r�gime du parti unique.
Faut-il pour autant d�sesp�rer?
Pas du tout. Les dinosaures des partis uniques ou des r�gimes militaires d'hier
s'�teignent. Ces vingt derni�res ann�es, plus d'une trentaine de pays africains
ont connu une alternance. Le Cameroun ne restera pas en marge de ce mouvement.
Ne serait-ce que si on consid�re sa d�mographie : les 5 % de Camerounais (ou
moins) qui prennent en otage 95 % de leurs compatriotes ont 75 ans et plus...
Selon vous, qu'est-ce qui pourrait ranimer l'opposition et la rendre
cr�dible ?
Pour �tre efficace, elle doit faire son autocritique. Elle doit aussi renouveler
son leadership pour ne pas reproduire les erreurs qu'elle reproche au parti au
pouvoir. Le Cameroun n'a pas besoin d'un RDPC bis [Rassemblement d�mocratique du peuple
camerounais]. Il faut qu'elle combine ses efforts avec ceux de la
soci�t� civile : syndicats, universitaires, m�dias, associations, etc. Elle
pourrait s'inspirer du S�n�gal. Un pays o� la d�mocratie aurait �t� �touff�e en
2011-2012 s'il n'y avait pas eu un sursaut collectif, gr�ce � l'�mergence d'une
coalition efficace de partis d'opposition appuy�e par la soci�t� civile.
Quel est le regard des �tats-Unis ?
Le Washington officiel n'a pas d'autre choix que de traiter avec le r�gime �lu.
Mais l'autre Washington, lui, appara�t perplexe face � un pays aux potentialit�s
�normes et qui, pourtant, en mati�re de d�mocratie et de gouvernance, ne
parvient pas � servir de locomotive au continent tant sa trajectoire politique
est floue et sa gestion des espaces de libert� ambigu�.
© Jeune Afrique
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