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Barack Obama privera les autocrats africains de faux arguments
MATALANA
Octobre 2008
Christopher Fomunyoh est directeur regional Afrique du National Democratic Institute ( NDI),
à Washington. Diplômé de Harvard, ce Camerounais suit depuis deux
décennies l’actualité politique américaine tant du côté
républicain que démocrate.
1. Le peuple Américain est-il à votre avis prêt à
élire un noir comme président de la république ?
Dr. Christopher Fomunyoh: Mais oui! Je sais que beaucoup de gens en Afrique
et sur d'autres continents se posent cette question, mais ils n'ont qu'à se
référer au nombre de voix que le Sénateur Barack Obama a rassemblées
lors des primaires, y compris dans les états comme Iowa et Oregon, dans lesquels les
populations noir es américaines n'atteignent même pas les cinq pour cent. Dans
d'autres états comme la Virginie et les Carolines du Sud et du Nord, Barack Obama a
réunis à lui seul des voix dépassant de loin la totalité de l'ensemble
de candidats qui participaient aux primaires du coté des Républicains. Par
ailleurs, le Sénateur Obama devance toujours le Sénateur McCain dans les sondages dans
ces états là, et les Démocrates continuent à devancer les
Républicains dans les inscriptions sur les listes électorales dans plusieurs autres
états. Je me dis aussi qu'au stade actuel du débat, l'issue des élections
américaines ne dépend plus de la seule personne de Barack Obama. Il y a une
frange de la population parmi les supporteurs de Barack Obama, qui voit dans l'élection de
novembre 2008, une sorte de référendum sur le peuple américain dans son
attachement à l'égalité des chances pour tout citoyen sans tenir compte de la
couleur de la peau ou des racines sociales. Cette frange, justement, est persuadée que
la majorité des américains répondra à ce défi par un oui
affirmatif en faveur de Barack Obama.
2. Et comment justifiez-vous le fait que pendant toute sa campagne - hormis quand il souligne que
son père était du Kenya, le Sénateur Barack Obama n'ait presque jamais fait
cas de son appartenance à la race noire?
Effectivement, le Sénateur Barack Obama s'identifie avec la race noire aussi bien dans
sa vidéo d'introduction lors de la convention de Denver que dans les deux livres qu'il a
écrits. Il l'a aussi fait dans beaucoup de ses discours pendant les primaires. Je
me souviens de ses discours en Géorgie et à Alabama lors des activités
commémorant le décès de Martin Luther King. Mais vous voyez aussi que
l'appartenance de Barack Obama à la race noire saute à l'œil et
l'intéressé n'a donc pas besoin de le répéter à tout moment.
Heureusement qu'aux Etats-Unis tout le monde est descendant de parents, de grands parents ou
d'arrière grands parents venus de quelque part. Cela dit, nous ne devons pas oublier
qu'Obama est candidat à la présidence des Etats-Unis, et comme ce n'est que
l'électorat américain qui participe au vote, il ne peut pas se permettre d'introduire
dans le débat des éléments pour lesquels son électorat n'a
pas grand intérêt. Dans ce dernier sprint de la campagne, les
préoccupations de l'heure se situent au niveau de l'économie qui est au ralenti, du
chômage qui monte, de la chute des valeurs immobilières, du système de
sécurité sociale et de santé, et en matière de politique
étrangère, de la guerre contre le terrorisme, de l'Irak, l'Afghanistan et le Moyen
Orient, etc.
3.Certains noirs américains reprochent à Barack Obama
d'avoir omis de prononcer le nom de Martin Luther King pendant son discours lors de la convention
de Denver. Un discours qui intervenait pourtant 45 ans jour pour jour après celui de King
prononcé en 1963. Qu'est ce qui peut expliquer cette omission?
Vous savez que le public et les medias avaient tous noté cette coïncidence de date entre
le fameux discours « I have a dream » du Reverend Martin Luther King à Washington
en 1963, et le discours d'investiture du Sénateur Barack Obama à Denver le même
28 août, 45 ans après. A Denver, plusieurs orateurs qui ont
précédé Barack Obama sur le podium ce jour là tel le législateur
noir américain Congressman John Lewis avaient déjà fait référence
au grand symbolisme de la journée, donc à mon avis, ce n'était plus
nécessaire qu'Obama lui-même cite le nom de Martin Luther King. Sûrement
que cela risquait aussi d'être mal interprété par certains comme si Obama se
mesurait à Martin Luther King, alors que pour beaucoup de noir américains et beaucoup
d'américains tout court, tous les deux sont des héros, chacun pour sa
génération et à sa manière
4. Les partisans d'Hillary Clinton s'attendaient à ce que leur candidate soit
choisie comme vice présidente. Obama leur a préféré Joe Biden. Est ce
une erreur de sa part ou alors un choix stratégique?
CF : Certes Hillary Clinton s'est bien battue lors des primaires du parti
démocrate. Elle est une grande dame et je suis convaincu que sa carrière
politique est sortie très grandie de cette expérience. Mais je pense aussi que
certains supporteurs de Barack Obama se sont posés la question de savoir si les Etats Unis
pouvaient en ces temps-ci accepter deux colistiers minoritaires dont un noir et une femme. Ce
n'est pas évident. Par ailleurs, se référant à certains des propos
très déplacés tenus par le camp Clinton pendant les primaires, d'autres ont
évoqué la question de la convivialité entre les deux camps au cas où les
Démocrates remportaient l'élection. Ceux-là ont pensé qu'il allait
être très difficile pour Barack Obama de gouverner avec Hillary Clinton comme vice
présidente et l'ancien président Bill Clinton comme époux de madame la vice
présidente, donc en mesure de s'impliquer directement ou indirectement dans la prise de
certaines décisions. Je crois que le choix du Sénateur Joe Biden a
été salué par l'ensemble de la classe politique y compris par les
Républicains qui, tout en soulignant leur différence partisane, lui doivent beaucoup
de respect pour ses talents et son expérience. Il est bien capable d'attirer vers
Barack Obama beaucoup d'électeurs dans les zones rurales et la plus part des travailleurs de
la classe moyenne qui ont voté pour Clinton lors des primaires. Biden est aussi
Catholique pratiquant avec des racines dans l'important état de Pennsylvanie. Pour
l'Africain que je suis, Joe Biden est un très bon choix parce qu'il connait bien le continent
pour l'avoir visité à plusieurs reprises en sa qualité de membre et puis de
président de la commission des affaires étrangères du Sénat
américain depuis des décennies.
5. Comme pour corriger cette « erreur » d'Obama et sans doute aussi tenter de
récupérer les 18 millions de voix d'Hillary, John Mccain, côté
républicain a lui choisi une femme, Sarah Palin comme vice présidente. Votre
mot sur ce choix et sur la nominée ?
CF : Sur cette question, comme je viens de l'expliquer plus haut, le Sénateur
John McCain n'a pas les mêmes défis à relever que Barack Obama. Tout le
monde s'attendait à ce que John McCain trouve un co-listier plus jeune et capable de
mobiliser l'électorat jeune et féminin ; seulement je me dis qu'il y a à
l'intérieur du parti Républicain des femmes comme la Sénatrice Kay Bailey
Huntchinson de Texas ou bien Olympia Snowe de Maine qui sont plus expérimentées, mieux
connues et plus modérées dans leur politique que Sarah Palin. En
général, l'élection présidentielle aux Etats Unis se gagne au centre et
pour McCain de choisir une colistière dont les prises de position sont de l'extrême
droite risque de ne pas beaucoup porter. Sûrement que ça va galvaniser la base
conservatrice du parti républicain; ça va susciter une certaine curiosité de la
part des medias et autres, mais cette effervescence risque d'être passagère, surtout
lorsque les médias et l'opposition se mettront à exposer les prises de position de
Sarah Palin sur les questions économique, sociales et culturelles, et son manque
d'expérience sur la politique internationales. Le parti Démocrate est sorti de
sa convention de Denver assez soudé, Hillary Clinton est en train de battre campagne pour
Barack Obama, et je ne crois pas que Sarah Palin fera récolter à John McCain les 18
millions d'électeurs d’Hillary Clinton. Il n'y a pas de commune mesure entre ses
prises de position et celles d’Hillary.
6. En tant qu'Africain, comment voyez-vous la politique africaine des Etats-Unis au cours des
quatre prochaines années, selon que ce soit Obama ou McCain qui l'emporte le 4 novembre
prochain ?
CF : D’abord mon constat à ce jour est qu'en dépit des critiques
dont l'administration Bush fait l'objet pour sa politique étrangère notamment sur le
dossier Irak et le Moyen Orient, il faut reconnaître que George Bush a eu un impact positif en
Afrique. Dans un sondage réalisé par le cabinet PEW aux Etats Unis, il s'est
avéré que l'Afrique est le seul continent ou la majorité de gens gardent
toujours une opinion positive de l'Amérique; et ce n'est pas pour rien. On peut citer
les interventions de l'administration Bush au Soudan et sa contribution a l'accord de paix qui a mis
fin à la guerre au Sud Soudan, ses contributions dans le domaine de la santé et
notamment la lutte contre le Sida, le paludisme et autres maladies, le renforcement des
capacités de certaines armées Africaines engagées dans les missions de maintien
de la paix, le Millenium Challenge Account qui octroie des dons substantiels au pays bien
gouvernés comme le Ghana, la Tanzanie, le Bénin, le Mali, et le soutien aux
différents efforts de démocratisation à travers le continent.
L'administration Bush a donc mis la barre haute, et je m'attends à ce que la prochaine
administration la rehausse d'avantage.
Il y a un aspect de John McCain qui n'est pas encore bien connu du public ou des medias; c'est
que depuis plus de 15 ans, McCain est président du conseil d'administration de l'Institut
Républicain pour les Affaires Internationales (IRI) qui, avec l'Institut Démocratique
pour les Affaires Internationales (NDI) appuie et soutiennent les processus de
démocratisation à travers le monde. Donc si John McCain est élu, il
serait bien dans sa peau en traitant les dossiers Afrique étant donné les
difficultés de démocratisation et de bonne gouvernance auxquelles notre continent est
confronté. Je m'attends aussi à une attention plus focalisée sur
l'Afrique de la part de Barack Obama, surtout que dans ce nouveau monde de la globalisation de la
communication, il ne serait pas dans son intérêt que le public américain voie
sur les écrans à longueur de journée, les images d'une Afrique aux abois avec
des crises humanitaire et de conflits à perpétuité, sans qu'il ne cherche
à marquer son passage au poste du président du pays le plus nantis et le plus puissant
au monde. Forcement qu'il fera quelque chose, ne serait-ce que pour la mémoire de son
père ou pour sa grande mère et ses cousins et consorts vivant encore sur le sol
africain.
Qu'on le veuille ou pas, l'élection de Barack Obama serait déjà un message
très fort d'espoir et de motivation à la jeunesse africaine, et je suis convaincu que
le symbolisme ne sera pas perdu. Même s'il n'apporte pas de l'aide matérielle directe
des Etats Unis pour l'Afrique, une administration Obama (au cas ou Barack est élu en
novembre), va priver les autocrates africains des faux arguments que ceux-ci ont toujours
avancé pour étouffer les aspirations de la jeunesse dans leurs pays respectifs, ou
pour commettre les atrocités de tout genre. Comme vous le savez, ceux qui ne souhaitent
pas de changement en Afrique ont toujours prétexté que les administrations
américaines ne connaissent pas le continent et ne devraient pas les critiquer pour leur
mauvaise gestion de ressources humaines et matérielles, ou pour les abus que nous voyons au
quotidien sur le continent.
7. L'administration Bush laisse une Amérique qui a un peu perdu de son charme, avec entre
autres dégâts : une économie affaiblie, une guerre interminable en
Irak et une image internationale fortement détériorée. Chacun des deux
candidats se dit capable de faire changer les choses dans le bon sens. Si on demandait
à l'intellectuel que vous êtes et non au démocrate qui vous
habite de citer les atouts que chacun dispose pour gagner la confiance des électeurs
et effectivement changer les choses, que direz vous ?
Vous identifiez là les vrais maux qui minent la société américaine en ce
moment, et un consensus national s'est développé là-dessus.
Malheureusement, l'administration Bush n'a pas su tisser un soutien bipartisan sur sa politique
économique ou extérieure. Donc la société américaine en ce
moment est très polarisée, et les gens savent qu'aucun changement ne sera possible
sans des efforts bipartisans. De ce fait, je ne serais pas surpris de voir Barack Obama nommer
des Républicains à certains postes de responsabilité comme à la
défense, tout comme John McCain pourrait faire de même pour les Démocrates si
c'était lui qui passait.
Sur le plan de politique étrangère l'atout principal de Barack c'est qu'il
débutera son mandat présidentiel avec des préjugés très favorable
à travers le monde, dont on a vécu un avant goût lors de sa dernière
tournée européenne. Il s'est aussi opposé à la politique de Bush
et la guerre en Irak, arguant que les efforts devraient plutôt être concentrés
contre les Talibans en Afghanistan, ce que d'autres grandes puissances approuvent
également. Sur le plan intérieur, de la perspective de Washington, Barack Obama
est un 'outsider' et ayant basé toute sa campagne sur le thème du changement, son
élection sera interprétée par lui et son équipe comme une confirmation
de ce mandat pour le changement de la part de l'électorat. Comme il se pourrait que les
Démocrates maintiennent leur majorité dans les deux chambres du Congrès, Barack
Obama pourra aussi compter sur le soutien des législateurs de la Chambre des
Représentants comme du Sénat, ce qui est un atout considérable dans le
système politique américain. L'atout principal de John McCain c'est que, pour
avoir servi à Washington pendant les dernières 26 ans, il maîtrise les rouages
des relations de pouvoir sur la place de Washington et saura mieux soigner les différentes
coalitions et centres d'intérêts pour faire accepter son programme et ses initiatives
de changements. Il est aussi connu que par le passé, John McCain a su travailler avec
des législateurs Démocrates comme Edward Kennedy de Massachusetts et Russ Feingold de
Wisconsin pour faire adopter de reformes sur les questions aussi importantes que l'immigration et le
financement des campagnes. McCain était jusqu'à 2006, président de la
commission de commerce du Sénat, il est aussi membre de la commission de la défense,
deux commissions stratégiques et pour avoir fait la guerre du Vietnam, il maîtrise
à fond les questions militaires et les relations internationales. Ce sont des atouts
significatifs.
8.John Mccain que beaucoup assimilent George Bush déclare sans cesse que Barack Obama
n'est pas capable de protéger l'Amérique et les Américains. Le candidat
démocrate lui soutien mordicus qu'il sera un bon commandant en chef. Le sera-t-il vraiment
selon vous s'il est élu et si une situation de crise se présente ?
Un ensemble de facteurs comme le passé historique des Etats Unis depuis le temps de George
Washington et la guerre de l'indépendance, la participation de ce pays dans plusieurs
interventions militaires et son arsenal militaires donnent une importance capitale au service
militaire et au rôle de Commandant en chef que joue chaque président des Etats
Unis. Pour avoir fait la guerre du Vietnam John McCain, qui a reçu sa formation
à la prestigieuse Ecole Navale d'Annapolis, a une avance considérable sur Barack
Obama. En même temps, il y a des valeurs et des règles fortement ancrées
dans la démocratie américaine comme la subordination du militaire au pouvoir civil, ce
qui fait que tout président des Etats Unis sera respecté par les forces armées
américaines quelque soit son expérience personnelle en matière de commandement
ou du service militaire. L'ancien Président Bill Clinton faisait l'objet des
mêmes critiques avant son élection en 1992, mais cela n'a pas empêché
qu'il ait pu gérer au mieux ces relations civilo-militaires. Il n'y a donc pas de
raisons particulières d'imaginer que Barack Obama ne saura assumer le rôle du
commandant en chef s'il venait à être élu. C'est peut être pour
rassurer les Américains que la campagne de Barack Obama a fait défiler sur le podium
pendant la convention de Denver une trentaine d'anciens Généraux et Amiraux de la
marine qui soutiennent sa candidature.
9.Si Barack Obama venait à perdre cette élection, aura-t-il la force de recommencer
dans quatre ans et aura-t-il le même succès qu'il a aujourd'hui ?
Personnellement, je ne crois pas que Barack Obama aura la force ou même la conviction de
recommencer s'il ne passe pas en novembre 2008. Le phénomène Obama aura perdu un
peu de sa nouveauté et de son attraction. La société américaine
donne rarement une deuxième chance aux candidats qui ratent le prix à une
élection présidentielle. Vous n'avez qu'à penser à John Kerry qui
a raté la bataille en 2004 et qui n'as pas su se mobiliser pour reprendre le chemin en 2008,
ou bien Al Gore qui, ayant raté de très peu en 2000 face à George W Bush, n'a
plus voulu se représenter en 2004 ou en 2008. De nos jours, il faudra remonter à
Richard Nixon qui avait raté l'élection de 1960 face à John F. Kennedy, et qui
est revenu huit ans après en 1968 pour l'emporter devant Hubert Humphrey. Sinon, le
bâton de l'élection présidentielle circule assez vite de ce coté et les
gens admettent facilement de passer le flambeau aux autres.
10.Comment jugez l'attitude de la presse Américaine depuis le début de cette
campagne, on la dit par exemple plus favorable a Barack Obama qu'a
Mccain?
Je crois que quelque part la presse a suivi un peu le mouvement de la société
américaine qui s'est laissé emporter par le phénomène Barack
Obama. Mais a vrai dire, c'est un phénomène historique, du jamais vu, et il est
difficile d'y résister même pour un journaliste. C'est aussi comme les
premières semaines de la couverture médiatique de Sarah Palin et toute la
curiosité de voir cette femme propulsée sur la scène nationale lors que
ça ne fait pas longtemps qu'elle était maire d'une petite ville de 5000 habitants et
gouverneur pendant seulement 20 mois d'un état aussi éloigné de la capitale
qu'Alaska. Dans les deux cas, les médias ne pouvaient pas ne pas se retenir de poser
les questions difficiles tout de suite pour peur d'être traité de raciste ou de
sexiste. Mais je constate aussi que la diversité et l'abondance des medias aux Etats
Unis favorisent un peu l'auto correction et aujourd'hui, en dehors de certaines chaînes
à coloration visiblement partisane, on sent que les journalistes font des efforts pour rester
neutres et donner l'égalité de chances aux deux camps. On a vu ces efforts de
neutralité se manifester dans la couverture médiatique assez correcte et
équilibrée des deux conventions Démocrate et Républicaine; on en verra
encore d'avantage dans la couverture des débats radiotélévisés dans les
jours qui viennent.
11.Vous êtes politicologue et juriste ayant aussi fait la prestigieuse Université de
Harvard, presque au même moment que Barack Obama. Vous êtes basé à
Washington et vous travaillez sur la démocratisation, un mode de gouvernance qui
échappe encore à beaucoup de pays Africains, depuis plus de 15 ans. Alors,
seriez vous parmi ces cerveaux africains, et notamment Camerounais, qui trouvent leur bonheur
ailleurs et ne songent même plus à repartir au bercail?
Effectivement je suis sorti de l'Université de Harvard deux ans avant Barack Obama; je
suis de la promotion de 1989, et lui de la promotion de 1991. En venant du Cameroun pour
poursuivre mes études supérieures aux Etats Unis, je n'envisageais pas rester autant
en dehors de la terre de nos ancêtres. Je suis toujours animé par la même
vision, et les défis auxquels l'Afrique est confronté m'obligent à me focaliser
sur cette finalité en ces temps-ci plus que par le passé. Pour l'instant, et
bien que travaillant pour une organisation basée à Washington, je suis sur le
continent assez souvent. C'est là que les gens se battent tous les jours pour
élargir les espaces de libertés et de bonne gouvernance pour que les nôtres
soient gouvernés autrement. Je me réjouis de pouvoir porter ma modeste
contribution aux processus de démocratisation dans différents pays Africains, et cela
en dépit de la lenteur au développement et des crises interminables que
rencontrent certains de ces pays là. Je continue de croire aux potentialités de
notre continent et à la vitalité de notre jeunesse. Si l'homme Africain a pu
survivre et vaincre l'esclavage et la colonisation, s'il a su casser le régime d'apartheid en
Afrique du Sud, etc., il n'y a pas de raison à ce qu'il ne surpasse pas les petites
dictatures et les autocraties qui persistent. Pour le reste, et au vue même de
l'actualité du jour de cette élection américaine qui oppose pour la
première fois dans l'histoire de cette veille démocratie un ancien prisonnier de
guerre à un noir américain, je dirais simplement que le destin ne se
décrète pas; on ne l'arrête pas non plus. L'Afrique fera son avenir, et
surement avec ceux qui pour l'instant font partie de la diaspora. Je ne vois pas d'autres
alternatifs.
Propos recueillis Jean Claude Mvodo jcmvodo@american-skills.us
© MATALANA
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