"L'influence grandissante de la Chine en Afrique : points de vue
transatlantiques" [+ compte-rendu du d�jeuner d�bat]
Asia Centre, Centre d'�tudes Asie
Juin 11, 2007
11 juin 2007, Paris. Avec le soutien du GMF. Les relations nouvelles de la Chine
avec l’Afrique passent par l’accès aux ressources naturelles,
le commerce, l’investissement, l’aide au développement et des
relations politiques de plus en plus affichées. Ces relations sont
à la fois une opportunité pour l’Afrique et une source
d’interrogations. La gouvernance, la transparence des mécanismes
d’aide, les flux migratoires et les liens de sécurité sont
de nouveaux enjeux pour la Chine comme pour l’Afrique. L’Europe et
les Etats-Unis doivent dialoguer avec la Chine comme avec leurs partenaires
africains. Peut-on définir un agenda pour les échanges
Chine-Afrique qui contribuerait à mettre ceux-ci au service du
développement de la bonne gouvernance ?
Autour de D. Shinn (GWU), C. Fomunyoh (National Democratic Institute) et F.
Godement.
Afin d’étudier les perceptions transatlantiques de
l’influence chinoise en Afrique, Asia Centre et le German Marshall
Fund ont accueilli à Paris le 11 juin 2007 David Shinn (Pr.
Associé à la George Washington University) et le Dr.
Christopher Fomunyoh (conseiller pour l’Afrique et directeur regional
au National Democratic Institute). Avant que le débat ne
s’engage plus généralement sur les questions de
modèle chinois de développement et de forme de
coopération possible en Afrique, les deux intervenants ont tout
d’abord rappelé les potentialités et défis
soulevés par la coopération sino-africaine.
Pour David Shinn, l’Afrique est d’abord pour la Chine lieu de
coopération multiple en termes conjugués d’approvisionnement
en ressources (trois fois supérieur aux Etats-Unis) ; de flux
commerciaux et de personnes ; d’investissements et
d’infrastructures (ce que l’Occident ne fait pas) ; de
diffusion médiatique. Toutes les coopérations établies par
la Chine avec les pays africains sont sans exceptions étendues au domaine
militaire (« peace-keepers » et diplomates). Plus
généralement, la Chine se place aussi en modèle de
développement et en destination touristique.
Du point de vue américain, les potentialités de coopération
transatlantique dans la politique africaine présentent un
intérêt en matière de stabilité, de nouvelles
sources de pétrole, de coordination plus efficace et de
développement gagnant-gagnant dans l’éducation notamment.
L’intérêt européen se situerait selon lui en
matière de coopération dans la lutte contre le terrorisme.
Dr. Christopher Fomunyoh nuance quant à lui l’état des
rapports sino-africains par la perception africaine de
l’agressivité chinoise. S’il retient deux
potentialités majeures de coopération parmi celles
citées par D. Shinn, à savoir les infrastructures (dont le
principe est mis en priorité par la Banque Mondiale et
l’application est perceptible dans la reconstruction en Angola) et les
capitaux, il en soulève les défis. Sont notamment citées la
surexploitation (cas du bois en Guinée), le non respect des droits de
l’homme (Soudan, Zimbabwe) et la difficile prise en compte des erreurs du
passé. Le développement d’une classe moyenne n’a en
effet pas favorisé la bonne gouvernance contrairement à ce
qui était escompté (cf. conflits du Congo et de la Cote
d’Ivoire) et la mise à disposition de capitaux chinois s’est
jusqu’ici réalisée sans conditionnalité (cf.
états arabes après chocs pétroliers). Enfin la Chine
privilégie les relations bilatérales, qui ne font que creuser les
disparités de développement entre Etats africains. Ainsi la Chine
vient-elle avec des potentialités, certes, mais le Dr. Christopher
Fomunyoh s’interroge sur sa capacité à favoriser le
développement sans faire de dégâts.
L’Afrique, placée davantage en situation de réagir
plutôt que d’initier une politique vis-à-vis de la Chine,
voit certainement plus celle-ci comme modèle de développement que
les Chinois eux-mêmes. Le pouvoir d’attraction chinois,
réside-t-il dans le « soft power » ? Etre un
modèle de développement n’est pourtant pas, pour D. Shinn,
synonyme de « soft power ». Pour d’autres, le
tropisme chinois de l’Afrique viendrait de l’alternative offerte au
modèle de gouvernance des institutions internationales, et à la
nouvelle voie diplomatique de démocratie et de résolution de
conflit que prônent pourtant les Etats-Unis et l’Europe.
En pratique, la Chine traite avec les élites africaines, et par là
créé des contradictions dans sa coopération :
d’une part la non diffusion vers le secteur privé, lequel ne
perçoit pas l’intérêt à établir une
relation avec le secteur privé chinois ; et dans un domaine
très sensible, la tentation qu’il y aurait par exemple à des
accords sur un plan nucléaire plutôt que pour la recherche commune
de lutte contre la prolifération. Plus généralement en
matière de sécurité, le Dr. Fomunyoh souligne que
celle-ci est d’abord affaire de coopération pratique sur le
terrain, et menée par les entreprises elles-mêmes (dans les
domaines gaziers et pétroliers notamment). Enfin, la coopération
multilatérale en Afrique est davantage possible au niveau commercial et
technique que politique.
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